L’art et la médecine, un couple gagnant

En associant art et médecine, il est possible d’obtenir une meilleure prise en charge du bien-être des malades. C’est l’objet principal de l’art-thérapie qui mêle ces deux disciplines.

Elles ont évolué indépendamment l’une de l’autre tout en restant suffisamment proches pour que naissent des pratiques communes. Portée par la peinture avec la peinture thérapie, ou la sculpture avec la sculpture thérapie, la médecine a su utiliser les meilleures méthodes de soins au fil des âges. L’hôpital psychiatrique a été un lien d’expérimentation et de soins. Que ce soit en pédiatrie ou en gérontologie, l’art est toujours profitable et source d’espoir pour les malades.

Le but de la médecine est destiné à préserver et à soigner les hommes. L’art s’adresse aux émotions des domaines dans lesquels nos sens interviennent. L’art et la médecine sont à première vue éloignés l’un de l’autre, pourtant ces deux piliers de nos cultures ont une longue histoire commune.

Photo de Nataliya Vaitkevich

Art et médecine, une longue histoire commune

La médecine et l’art se sont fréquemment croisés durant l’histoire. Les artistes et les médecins se côtoyaient très souvent dans les salles de dissection. (voir La Leçon d’anatomie du docteur Tulp Rembrandt, 1632) — cette œuvre est visible au musée Mauritshuis de La Haye.

Dans une grotte de la vallée de l’Ariège, on a retrouvé des peintures représentant une trépanation (— 3 000 ans).

Dans l’Égypte ancienne, « le Papyrusd’Ebers » contient quelque 700 formules magiques. Considéré comme une véritable œuvre datée de 1550 avant Jésus-Christ, il est conservé à Leipzig en Allemagne.

La médecine occidentale trouve ses véritables origines dans la Grèce antique.

Hippocrate est le plus illustre médecin de cette époque. Il laissa son nom au serment déclamé par tous les étudiants actuels qui deviennent docteurs en médecine. Il est représenté avec Asclépios, le dieu de la médecine, dans une admirable mosaïque visible à Archaeological Museum de Cos. Hippocrate (450-377 av. J.-C.)

Jusqu’au début du XIX siècle, les malades mentaux étaient enfermés avec les criminels. C’est au Docteur Philippe Pinel (1745-1826) que l’on doit le changement radical de les occuper dans des ateliers.

En 1872, Ambroise Tardieu (1818-1879) écrit une étude médico-légale sur la folie où il parle de l’art comme possible thérapie. C’est au début du XXe siècle que paraissent des œuvres qui présentent la peinture et le dessin comme une aide précieuse pour la médecine. Hans Prinzhorn (1886-1933) en fut un brillant défenseur. Il étudie l’histoire de l’art avant de suivre une formation de médecin. Il constitue une collection de 5 000 peintures réalisées par des malades mentaux. Il publie en 1922 « l’Expression de la folie ». Ce livre influença de nombreux peintres tels que Max Ernst et Paul Klee.

De nos jours, il n’est plus à prouver les multiples relations bénéfiques entre l’art et la médecine.

C’est en 1979 que fut créé l’AFRATAPEM (Association Française de Recherches et Applications des Techniques ». Cet établissement de recherche et d’enseignement est reconnu dans le monde entier. Il est à l’origine du premier diplôme universitaire dédié à la profession d’art-thérapeute.

À la croisée, de l’art et de la médecine : l’art-thérapie

Dès la création des hôpitaux psychiatriques, les médecins ont compris l’intérêt du dessin et de la peinture dans la prise en charge des malades. Le modelage et la sculpture ont suivi le même chemin. Ainsi s’est créée une discipline, l’art-thérapie, qui est la pratique de l’art à des fins thérapeutiques.

L’art et la médecine, une coopération qui s’installe.

L’art a été utilisé comme une forme de médecine durant des siècles. Il s’est avéré plus efficace que la plupart des autres formes de médecine dans le traitement d’affections telles que la dépression, l’anxiété et la douleur.

Le secteur de la santé a connu des changements considérables durant les dernières décennies. Ainsi, nous sommes passés d’un monde du médecin de famille traditionnel à un système médical qui nécessite plus de technicité et de compétences. Dans cette nouvelle ère plus sophistiquée, les médecins doivent passer moins de temps avec leurs patients et plus de temps à lire des revues, des manuels et des articles scientifiques. Il en résulte moins de contacts humains.

Ce changement conduit à une diminution de l’empathie chez les médecins. Une étude publiée dans The BMJ montre que les médecins perdaient le sentiment compassionnel pour une attitude plus technique.

Selon une enquête menée auprès de 1 200 médecins de l’American Academy of Family Physicians, 35 % ont déclaré qu’ils n’avaient pas assez de temps à consacrer directement à leurs malades.

Par ailleurs, une récente étude réalisée dans un hôpital anglais a été publiée dans le Journal of Hospital Médicine. Elle a montré que les activités artistiques dans les hôpitaux peuvent améliorer la qualité de vie des patients et du personnel.

En 1999, une convention multipartite « Culture à l’hôpital » a été signée par le gouvernement de l’époque et les instances de la santé. Dans le cadre global d’une ouverture de l’hôpital au monde extérieur, un ensemble de mesures étaient préconisées, dont l’amélioration de la prise en charge des patients grâce à l’art. Ainsi que l’embellissement du cadre de vie du personnel hospitalier.

La Convention lie le ministère de la Santé au ministère de la Culture. Par ailleurs, elle incite à une coopération des institutions locales, Agences Régionales de la Santé [ARS], Directions Régionales des Affaires Culturelles [DRAC] communes, régions et départements.

Les intentions sont louables, mais avec le recul, on doit constater qu’elles ne sont guère suivies des faits. Il est malgré tout à noter des initiatives heureuses :

Avec l’AP-HP, le « Louvre à l’hôpital » [rencontres et conférences avec des patients].

La réalisation de “la « Tower » de Keith Haring”, à l’Hôpital Necker-Enfants malades, AP-HP

À souligner aussi le « Musée d’Art et Histoire de l’Hôpital Sainte-Anne » MAHHSA à Paris dirigé par la docteure Anne-Marie Dubois. Médecin-psychiatre, elle dirige ce lieu unique qui rassemble de nombreuses œuvres provenant de fonds de donations de malades en psychiatrie depuis le XIXᵉ siècle. Le musée a reçu le label « Musée de France » en 2016.

L’art en pédiatrie

L’art en pédiatrie peut être utilisé pour aider les enfants atteints de maladies chroniques ou aiguës, leurs familles, de même que les professionnels de la santé. Les peintures dans les services pédiatriques peuvent constituer une distraction pour les enfants. Ainsi, il réduit leur anxiété et améliore leur humeur.

Ces peintures leur apportent également du réconfort, elles participent à un environnement accueillant « comme à la maison ».

Il s’agit de différencier l’art-thérapie, qui favorise la guérison, à l’adaptation esthétique des cadres de vie et de soins.

Il y a un avantage extrêmement important à inclure l’art dans les lieux pédiatriques. Les enfants développent une meilleure sensibilité aux traitements souvent lourds.

Les art-thérapeutes aident considérablement les enfants atteints de cancer. Ils leur permettent de mieux exprimer leurs sentiments et leurs expériences, ce qui est essentiel pour la guérison. C’est particulièrement le cas pour les enfants incapables de verbaliser leur mal-être en raison de leur âge, de la barrière linguistique ou simplement de la peur des blouses blanches.

L’art pour les anciens

À l’autre bout de la vie, l’art peut aider à améliorer la qualité de vie des résidents des maisons de retraite en leur offrant un environnement plus stimulant. Il peut également offrir une certaine forme de lien social, ce qui est important pour de nombreuses personnes âgées.

Il n’est plus à démontrer l’énorme avantage de l’art-thérapie pour les personnes âgées atteintes de démence, de la maladie d’Alzheimer, de la maladie de Parkinson et d’autres troubles neurologiques. Elle stimule les esprits et les aide à maintenir leurs fonctions cognitives. L’art pour les personnes âgées est une expression de la créativité qui souvent leur manque.

Les grands espaces des maisons de retraite sont propices aux expositions. Ainsi, l’art contribue aussi à apporter un peu de couleur tout en fournissant une dose d’inspiration quotidienne pour les résidents.

N’oubliez pas que l’art est une expression de la culture. C’est un lien puissant entre les générations. Se former à l’histoire de l’art ou simplement pratiquer sont autant de pistes pour redynamiser les vieilles personnes. Et, si des ponts s’opèrent avec les jeunes artistes, c’est un bénéfice considérable pour tous, car les anciens ont aussi beaucoup à apporter. Ils sont riches d’une longue vie.

Les maisons de retraite ne sont pas les seules à voir les avantages d’ajouter de l’art à leurs installations : les services hospitaliers de gériatrie peuvent également en bénéficier. Sans oublier, les services de soins palliatifs ou malades et leur personnel sont soumis à des pressions psychologiques énormes.

Que dire des unités spécialisées pour les malades d’Alzheimer ? Contrairement aux idées reçues, cette maladie n’est pas débilitante. En vérité, certains patients trouvent la maladie libératrice d’une certaine manière. L’une des plus belles façons dont la maladie d’Alzheimer peut se manifester est sous forme de peinture.

La maladie d’Alzheimer n’est pas seulement, « oublier des souvenirs ». Les malades créent leur propre réalité. Cela les conduit sur des chemins dans lesquels ils sont capables de s’exprimer au travers de l’art plutôt que par des mots, et cela représente une opportunité de bien-être à considérer.

Quelques pratiques de thérapie douce accompagnent aussi les nouvelles tendances de prise en charge médicale. C’est le cas de la sophrologie et de la chromothérapie qui s’intéressent à l’action bénéfique des couleurs.

La médecine et l’art comme la récupération d’une harmonie perdue

Pourrait-on être à la fois artiste et médecin ? À première vue, il semble que cela relève d’une illusion. Pourtant, le médecin pourrait s’enrichir d’une conception artistique. Et, l’artiste, prendre conscience de sa nature soignante de l’âme et du corps.

Et, si la médecine et l’art ne faisaient qu’un, comme le corps et l’esprit. La fonction de notre esprit est de séparer le moi et l’autre, mais simultanément, il connecte et fusionne aussi le moi et les autres. Les soins médicaux et l’art sont complémentaires pour retrouver un équilibre.

L’acte de vivre lui-même s’inscrit dans l’activité globale de la vie. L’esprit et le corps, l’homme et la nature semblent être séparés, mais elles sont liées à la base tout en s’influençant mutuellement. Parce que le monde naturel qui nous entoure subit constamment un processus de changement, notre nature intérieure, l’esprit et le corps, change aussi en permanence. Parfois se crée un déséquilibre que l’on peut nommer « maladie ». En 2020, une épidémie mondiale s’est produite à cause d’organismes microscopiques. Dans le même temps, le changement climatique a franchi un point critique à l’échelle mondiale et l’équilibre du monde naturel s’est effondré. Ces défis mondiaux ne peuvent être surmontés uniquement avec des idées médicales et scientifiques. Les difficultés existent aussi pour les artistes et sont perçues par une sensibilité artistique et esthétique qui traverse les disciplines. L’art a pour mission de réparer, non seulement les individus, mais aussi la société.

Un pont entre art et médecine

Chacun de nous vit en affrontant l’univers en tête-à-tête. Même dans un environnement naturel rude, nombre de nos prédécesseurs nous ont dit à plusieurs reprises de vivre avec une lueur d’espoir dans le désespoir, et les morts les ont transmises aux vivants.

Les ancêtres créent la culture et l’art, et soutiennent silencieusement notre société. Pour que tous les êtres vivants pensent ensemble et vivent ensemble, l’art n’est pas seulement utile, mais nécessaire pour maintenir la vie.

Si nous avons besoin du pouvoir de l’art ainsi que de la médecine et de la science pour restaurer l’intégrité de l’individu, pourquoi cela ? Les personnes qui vivent dans la profondeur de leurs émotions s’ouvrent aux choses à travers leur sens créatif. L’art a pour rôle de faire un pont entre le monde actuel en difficulté et un monde nouveau. C’est sur une dimension différente que la médecine agit. Elle a pour fonction de guérir le corps, mais également l’esprit. Pour ce faire, elle a besoin de se réconcilier avec la nature vivante de notre planète.

Les artistes accomplissent la tâche difficile de connecter les hommes entre eux par une esthétique commune.

Nous avons besoin du pouvoir de l’imagerie, nous avons besoin du pouvoir de l’art, pour transmettre correctement l’énergie stockée en nous-mêmes. Il existe un pouvoir médical dans de nombreuses œuvres d’art.

De l’art à l’hôpital

L’art est aujourd’hui plus que nécessaire à l’hôpital. Il a le potentiel d’apporter un véritable bien-être à la fois aux patients, mais aussi au personnel médical. L’intégration de l’art à l’hôpital s’accélère avec la pratique de l’art-thérapie. Les initiatives et les projets artistiques visant à améliorer le confort et le bien-être des patients se multiplient. Les bienfaits de l’art semblent aujourd’hui être reconnus.

L’Art thérapeutique en psychiatrie

Dans les maisons de santé mentale, on utilise l’art thérapeutique comme un traitement à part entière. Ce qui est moins connu, c’est que l’on expose fréquemment les œuvres des malades. La folie aurait-elle à voir avec l’art ? Certains le pensent, car quelques grands artistes ont effectivement souffert d’épisode de délires. Vincent Van Gogh, par exemple, souffrait de schizophrénie et a été interné à Saint de Mausole, un ancien couvent transformé en asile d’aliénés. Louis Wain a été diagnostiqué autiste et a peint pendant ses dix dernières années en hôpital psychiatrique. Cependant, les problèmes de santé mentale ne paraissent pas plus présents chez les artistes que chez le commun des mortels.

De l’art pour la décoration des salles d’attente

L’anxiété est devenue un problème majeur de santé publique dans nos sociétés contemporaines. Il parait alors important que les lieux de médecine participent à lutter contre ce fléau.

Une salle d’attente doit être accueillante, calme et relaxante. Si ce n’est pas le cas, cela peut rendre les patients anxieux. De plus, l’ennui est l’un des sentiments les plus courants que les personnes éprouvent dans ces lieux. C’est compréhensible, car les patients sont fréquemment assis pendant de longues périodes avec rien d’autre que leurs pensées pour leur tenir compagnie.

Dans notre article « décoration salle d’attente« , vous découvrirez nos meilleurs conseils pour aménager cet espace de manière à calmer l’anxiété des patients, grâce à un lieu apaisant et agréablement décoré.

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